Voyager avec son vélo peut, de prime abord, paraître simple. Prenez une envie de voyager avec votre vélo, un peu de matériel. Combinez le tout sur un itinéraire plus ou moins défini à l’avance et vous êtes partis pour une jolie aventure.
Pourtant, il y a de multiples manières de voyager, qu’on soit très éloigné de son domicile, ou en proximité, car l’aventure est au bout du chemin indépendamment d’une notion d’éloignement géographique. Afin de vous aider à y voir plus clair dans l’organisation de vos futurs voyages (ou encore pour revivre vos voyages passés), nous vous proposons une typologie d’itinérances tirée de nos pratiques. Comme toute typologie, elle est éminemment contestable et n’a aucune vocation à uniformiser l’expérience de voyage. Il faut plutôt la voir comme un guide d’organisation et de réflexion à s’approprier.
Itinérance ou bikepacking ?
Je suis adepte de l’itinérance vélo depuis plus de 10 ans et selon mon souvenir le plus ancien, et fort vivace, j’ai toujours désigné la pratique du voyage à vélo sous le nom d' »itinérance vélo ». Il faut dire qu’à l’époque, le bikepacking, qui est devenu une manière de désigner la pratique, n’existait pas.
Si l’on se réfère au magnifique site du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNTRL), référence lorsque l’on s’interroge sur une quelconque définition, le terme d’itinérance est défini comme tel :
« Qui va d’un lieu à un autre », « qui voyage »
CNRTL
Le Larousse reprend quasiment la même définition en y ajoutant le qualificatif de « littéraire » pour désigner ce terme très générique. Il faut donc le compléter du mot « vélo », car on peut pratiquer une itinérance à pied, à cheval, en voiture ou par le moyen de locomotion qui nous semble pertinent.
Actuellement, on a tendance à désigner l’itinérance à vélo sous le terme bikepacking, qui s’est popularisé dans les années 2020 avec le développement de matériels légers permettant de s’affranchir du porte-bagages et des sacoches connotées « cyclotourisme ». Il faut dire que le cyclotourisme est l’approche historique du voyage à vélo. On fixe ses bagages sur son vélo, le plus souvent à l’aide d’un porte-bagages et de sacoches avant de partir à l’aventure. A contrario, l’approche bikepacking est un retour à l’essentiel, car il s’agit de limiter le nombre d’affaires emportées. On gagne en flexibilité, en sportivité, ce qui rend possible le fait de s’aventurer dans d’autres territoires, autrefois difficiles d’accès avec des sacoches volumineuses.

Que l’on soit bikepacker ou cyclotouriste, il n’est pas question d’opposer les approches car elles sont reliées par une seule volonté et une seule pratique : se déplacer avec son vélo, voyager et donc être itinérant !
Il ne nous semble donc pas pertinent de vous proposer une typologie d’itinérance avec d’un côté le bikepacking, et de l’autre côté le cyclotourisme. Dans notre pratique, l’itinérance vélo nous semble structurée autour de deux facteurs : la place du voyage et la sportivité.
Une place du voyage plus ou moins centrale
Bien que le voyage soit le composant essentiel de l’itinérance, la place de celui-ci n’est pas toujours la même selon le périple dans lequel on se lance. En effet, il peut avoir une place centrale et être l’objet de l’itinérance, ou avoir une place plus accessoire.
Si le voyage a une place centrale, le cycliste itinérant va passer la majeure partie de son périple à rouler. Le périple sera donc majoritairement occupé par des journées sur le vélo. Ceci ne veut pas dire que l’on ne peut pas s’attarder pour effectuer des visites durant le périple, que ce soit lors de journées de repos, en cours de route, ou encore après l’arrivée de l’étape du jour. Il s’agit plutôt de considérer que le fait de rouler occupe la majeure partie du périple.
Cependant, la place du voyage peut être moins centrale durant le périple. Dans ce cas, le voyage est une part du périple mais n’est pas l’essentiel. C’est notamment le cas lorsque l’itinérance est régulièrement ponctuée de jours de repos, notamment pour visiter des sites touristiques ou que la distance parcourue reste assez faible.
La place du voyage nous semble donc être le premier facteur qui permet de définir le type d’itinérance vélo. Elle est complétée par un second facteur : la recherche de sportivité.
À la recherche (ou non) de sportivité
Cela peut paraître surprenant mais l’itinérance vélo n’est pas toujours reliée à la notion de sportivité. Par celle-ci, on entend une notion d’entrainement préalable (ou d’habitude à pratiquer le vélo hors du contexte de l’itinérance), une volonté de se dépasser avec une charge physique importante et régulière voire de se confronter à une compétition ou à des barrières horaires dans le cas d’épreuves itinérantes organisées.
Nombre de voyageurs itinérants se lancent dans un périple sans recherche (ou avec une recherche modérée) de sportivité selon le précepte que l’habitude de rouler vient en roulant. Ceci n’enlève nullement l’intérêt du périple car le voyage à vélo est avant tout un mode de vie. À l’opposé, d’autres cyclistes placent la sportivité au cœur de leur périple notamment dans les épreuves d’ultra-cyclisme.
La sportivité, et sa recherche plus ou moins grande, constitue le deuxième facteur définition d’une itinérance vélo. A la croisé de celle-ci et de la place du voyage se trouve la question du matériel.
Le matériel comme manifestation visible
Le matériel est la composante visible d’une itinérance vélo car il résulte directement des deux facteurs évoqués précédemment : la place du voyage et la recherche de sportivité. Ainsi, si la place du voyage est centrale et que l’on recherche de la sportivité, c’est le matériel léger de type bikepacking qui va être majoritairement utilisé car le cycliste va chercher à s’alléger pour être plus performant. À l’inverse, un cycliste plus chargé n’est pas dans une recherche de la même sportivité, car il sera limité par le poids de son chargement, lui-même lié à la place de son voyage dans son périple.
Notre typologie s’articule donc sur le matériel, car il est lui même conditionné par la place du voyage et la recherche de sportivité. Ainsi, si l’on représente sur une graphique à deux axes (la place du voyage en abscisse et la recherche de sportivité en ordonnée), on obtient schématiquement quatre types des pratiques : l’itinérance lourde, l’itinérance semi-légère, l’itinérance légère et l’ultra-cyclisme que nous vous proposons de détailler à présent.

L’itinérance lourde : place du voyage centrale et sportivité limitée
Une itinérance lourde se remarque par une part importante de matériel, que l’on soit cyclotourisme ou bikepacker, car il s’agit de faire face à de multiples situations sur une durée relativement longue.
Dans le cas d’une itinérance lourde, les étapes ont lieu, le plus souvent, en camping voire en bivouac ce qui implique d’être muni d’une tente, d’un duvet, d’un matelas afin d’avoir un sommeil réparateur compte-tenu de la durée prolongée du voyage. À ceci, s’ajoutent des tenues adaptées à de multiples variations climatiques, un nécessaire de toilette ainsi que l’indispensable matériel de réparation pour votre vélo.
Selon les configurations, on ajoutera également un stock de nourriture en fonction du degré d’autonomie souhaité ainsi qu’un nécessaire pour préparer celle-ci tel qu’une popote ou un réchaud à gaz.


Pour une itinérance lourde, le voyageur va être rapidement limité par le poids de son chargement ce qui va le contraindre à diminuer la distance des étapes ou encore à augmenter le nombre d’étapes de son périple. C’est dans ce type d’itinérance que l’on ressent majoritairement le « rythme de l’itinérance » où l’allure se fait plus lente avec un lent défilement des paysages. Les étapes comportant un fort dénivelé accentuent encore davantage ce rythme, car si vous êtes déjà cycliste, il est probable que vous doubliez voire tripliez votre temps d’ascension habituel. Pour rendre hommage à l’excellente revue 200, 200 kilomètres est la distance moyenne qu’un cycliste entrainé peut parcourir en une journée. En itinérance lourde, il faudra évidement diminuer ce temps en fonction de la taille de votre chargement, de celle de votre périple mais aussi de votre entrainement. Quelle que soit la configuration que vous choisirez, l’itinérance lourde implique une place du voyage centrale dans votre périple : vous allez passer la majorité du temps sur votre vélo avec parfois (et ce n’est pas une obligation), une journée de relâche.
L’itinérance semi-légère : place du voyage moins centrale et sportivité limitée
L’itinérance semi-légère est une variante de l’itinérance lourde dans le sens où le matériel emporté garde une place importante, même s’il est plus allégé. Ce type d’itinérance se rencontre lorsque la place du voyage est moins centrale ce qui se traduit par des pauses de quelques jours entre les étapes dont la durée est plus limitée.
En itinérance semi-légère, le voyage a son importance mais n’est pas l’objet exclusif du périple qui est ponctué de haltes fréquentes. Dans cette configuration, les jours de relâche sont une part importante de votre séjour ce qui permet de passer davantage de temps à effectuer des visites dans les endroits où vous aurez choisi de vous arrêter. Le vélo est ici davantage vu comme un moyen de relier les différents sites que vous souhaitez visiter, alors qu’en itinérance lourde, la logique est de relier un point de départ à un point d’arrivée en un certain nombre d’étapes.

Souvent, l’hébergement en itinérance semi-légère se fait « à couvert » dans un hôtel, une auberge de jeunesse ou un bed & breakfast où vous pourrez entreposer votre vélo afin de visiter sereinement. Il y a donc un impact sur le matériel emporté car le matériel de camping devient superflu dans cette itinérance « confortable ». Il faudra donc prévoir davantage d’habillements qu’en itinérance lourde car vous aurez vraisemblablement envie de vous changer lors de vos haltes afin de ne pas être en tenue de cycliste pour déambuler et privilégier ainsi votre confort.
La recherche d’un certain confort se traduit par un chargement important ce qui a un impact sur la sportivité qui est forcément moindre que sur des itinérances plus légères.
L’itinérance légère : une place du voyage variable mais une recherche de sportivité
Dès qu’il est en recherche de sportivité, le cycliste itinérant va rapidement devoir alléger son chargement afin de gagner en poids et en aérodynamisme. En effet, les sacoches latérales disposent d’une forte prise au vent ce qui renforce le ralentissement du vélo lui-même déjà renforcé par le poids. En itinérance légère, on privilégiera donc un équipement de bikepacking.
La recherche de sportivité se traduit de manière variée. Il peut s’agir, par exemple, de réaliser une distance importante en une faible durée, ou encore de franchir un dénivelé important tout en maintenant une certaine allure. Il peut également s’agir de franchir un terrain technique à l’aide d’un gravel ou d’un VTT équipés en bikepacking. Ici, le rythme plus lent de l’itinérance se fait moins sentir et l’on va viser à se rapprocher des allures pratiquées lorsque le vélo n’est pas chargé.

L’itinérance légère pose, plus que les autres, la question du minimalisme afin de limiter le poids du chargement. Ainsi, on se limite le plus souvent à une ou deux sacoches : une sacoche de selle (pour les vêtements et le nécessaire de toilette), complétée le plus souvent par une sacoche ou deux sacoches de cadre (pour la nourriture, si on est en autonomie, et le matériel de réparation du vélo).
L’ultra-cyclisme : itinérance légère et barrière-horaire
L’ultra-cyclisme désigne plusieurs types de pratiques différentes consistant à parcourir une grande distance en respectant une barrière-horaire. Il s’agit donc d’une itinérance légère avec le maximum de sportivité car le respect de la barrière horaire va pousser le cycliste à se dépasser.
C’est une pratique très ancienne puisque le premier Paris-Brest-Paris est né en 1891 avec les fameux Brevets des Randonneurs Mondiaux (BRM) qui permettent de s’y qualifier. Elle connaît un fort développement actuellement avec de nombreuses organisations telles que les Race Accross Series, BikingMan ou encore Ultra Bike France qui ajoutent une dimension compétitive.
L’ultra-cycliste fait une itinérance ultra-légère où l’on optimise au maximum le chargement en fonction du degré d’autonomie, de la distance parcourue, du parcours afin de se dépasser sur le plan sportif.
Et en pratique sur itinerancevelo ?
Il n’est pas toujours évident d’y voir clair entre des pratiques qui peuvent sembler proches mais sont différentes. Nous espérons que cette typologie vous aidera à y voir clair sur l’ensemble des pratiques.
Elle est évidemment évolutive en fonction de vos retours et s’applique sur notre site par l’utilisation d’un tag sur tous les parcours publiés afin de raccrocher l’expérience à un type de pratique

