Nous avions déjà parcouru le nord de l’Italie lorsque nous étions revenus de Croatie sur notre itinérance Zadar/Aix-en-Provence en 2024 (article à venir, promis !), mais nos vélos n’étaient jamais allés s’aventurer au sud de la Toscane. Avec cette itinérance, ce sera chose faite, puisque nous allons traverser toute l’Italie du sud au nord en longeant la mer Adriatique jusqu’au delta du Pô.
Lorsque nous avons tracé l’itinéraire, une question principale s’est posée à nous : emprunter de nouveau la piste cyclable du Pô ou changer ? Si vous nous connaissez et nous suivez depuis un moment déjà, vous avez vraisemblablement deviné la réponse : changer. C’est donc par un parcours traversant la Vénétie, la Lombardie et le Piémont, en traversant Milan puis Turin que nous allons rentrer en France. Autre changement de taille, c’est par le col de Larche (et non le col de Montgenèvre) que nous passerons la frontière française avant de rentrer chez nous par la vallée de l’Ubaye et le cœur du département des Alpes-de-Haute-Provence.
Nous vous emmenons à travers le regard de Cécile et le mien à travers cette traversée de l’Italie réalisée en itinérance lourde sur 1834 km et 11 130 m de dénivelé positif.
Récits et parcours des différentes étapes :

Le bon vélo au bon endroit
Notre avion partant à 7 h du matin, il nous est rapidement apparu logique qu’il allait être nécessaire de dormir à Marignane, même si l’aéroport est à moins de 30 km de la maison. Dès le début de ce périple, le voyage est au bout du chemin, ou plutôt de l’autoroute. Ce fut une riche idée : l’équipe de l’hôtel était sympa et un service de navette direct nous a fait gagner près de 2 h le matin. On était tellement tranquilles à prendre notre petit déjeuner qu’on a failli louper notre avion. Un appel au micro doublé d’un sprint matinal nous a permis de vite nous retrouver sur le tarmac.
1 h 30 plus tard d’un vol sans encombre et nous voici dans les Pouilles. Séance de remontage des vélos, d’installation des sacoches et c’est parti direction le nord-ouest le long de la mer Adriatique. Dès le début, j’ai l’impression d’être sur le bon vélo au bon endroit : d’une part, la qualité des routes est déplorable et le gravel n’est pas une coquetterie, d’autre part, le rythme de pédalage plutôt lent s’insère à merveille dans l’environnement.
Dès les premiers tours de roue dans cette contrée, je suis frappé par la lenteur qui y règne. Les voitures semblent calmes, les passages à niveau sont fermés longtemps avant le passage de trains et personne ne semble s’en offusquer. Il y a de la vue dans les différents lieux charmants que nous traversons, mais ce n’est clairement pas la haute saison. On se croirait clairement en septembre, ce qui est renforcé par des températures plus fraîches qu’en France.
Un vent du sud nous pousse jusqu’à Décathlon pour racheter du gaz, toujours interdit en avion. Clairement, la zone ressemble à Plan de Campagne, mais le bitume y est déplorable. Peut-être est-ce qu’elle s’appelle tout simplement Campagne ?
Nous mangeons sur le port de Bisceglie et nous interrogeons sur l’attitude du serveur entre nonchalance et indolence. Clairement, il est lent et après tout, pourquoi irait-il plus vite ? La saison vient à peine de commencer : les Italiens prennent leurs vacances en août.
Nous poursuivons jusque Margherita di Savoia, où nous avions prévu de dormir avant de découvrir que notre camping ne fonctionne qu’en septembre (au sens propre cette fois) : l’été, il est plage privée et parking 😠.
Il faudra donc ajouter plus de 25 km à l’étape sur un lido entre les exploitations agricoles, les tas de sel et les plages privées. C’est à croire que tout agriculteur du coin se mue en plagiste quand l’été arrive ! Nous gagnons enfin Ippocampo dans un camping rustique dans tous les sens du terme. Il est 20 h 30, la tente est plantée et il fait quasi nuit. Nous revoici en septembre avec les animations estivales cette fois !
Stephen
Le long du littoral des Pouilles !
Lever matinal avec le stress classique et toujours désagréable du transport des vélos dans l’avion ! Mais, ouf, les vélos sont acceptés et partent en soute ! On en est tellement soulagés qu’on est à deux doigts de s’endormir au p’tit dej et de rater l’avion… Les gros boulets… finir en sprint n’est jamais bien agréable !! 🫣Une fois à Bari, on remonte tout cela sur notre trottoir d’aéroport dans l’indifférence générale la plus totale !! 😁 Et roule ma poule ! Le littoral est beau, légèrement venté, et plat !! On enchaine plusieurs charmants villages de pécheurs, avec leurs maisons et leurs fortifications en pierre blanche. En dehors des villages, c’est un no man’s land hors du temps, enchainant maraichage et petits bâtiments industriels abandonnés… puis les marais salants ! Puis une succession de plages privées ! Avec cela, toujours pas de camping… le seul qui aurait pu accepter les tentes a préféré se transformer en vaste parking payant au profit d’une plage privée ! Faut croire que c’est franchement pas rentable le camping à côté !! 🤭 Bref, faut poursuivre, ça devient long !! On atterrit à Ippocampo, bien plus loin que prévu ! Un camping dans son jus, 100% italien !! Faut pas être trop difficile, la pizza n’est pas bonne, la glace pas artisanale, l’eau des douches est froide, et c’est truffé de moustiques !! Mais bon, ça n’empêche pas de faire un bon dodo : de toute façon, on est cuits !! 😁
Cécile







Dans l’éperon de la botte !
Belle deuxième journée, toujours le long de la côte des Pouilles ! Sauf que cette fois, ce n’est plus vraiment plat… 🙃 mais les montées offrent de si belles vues qu’elles passent plutôt bien… Même s’il faut charrier le tracteur !! ☺️ Nous nous trouvons pour cette journée dans le Gargano, l’éperon de la botte, une région prisée, très touristique. Ici, l’olivier est omniprésent ; on y retrouve la même l’odeur qu’en Andalousie, l’odeur âcre des activités oléicoles. Pause déj’ à Mattinata, superbe village blanc au-dessus de la mer. On poursuit sur cette belle route en corniche jusqu’à Viste, la principale ville de cette si belle région. Malheureusement, le ciel y est rougi par les fumées d’un incendie tout proche…😰 encore quelques kilomètres vallonnés avant d’arriver au camping Punta Larga ! On monte clairement en gamme par rapport à la veille 😄 d’ailleurs, le prix s’en voit multiplié par plus de trois ! 😅
Cécile


La botte et l’éperon
La nuit dans notre camping rustique ayant été réparatrice, nous levons le camp en direction de Vieste, cité remarquable à plus d’un titre. Tout d’abord, on a tendance à assimiler, à juste titre, l’Italie à une botte dont le talon est constitué par les Pouilles. Une observation attentive permet de remarquer que c’est une botte avec un éperon, qui, telle une excroissance, s’avance vers l’Adriatique. Ledit éperon s’appelle en réalité Gargano et marque une vraie rupture sur le littoral oriental italien.
Pour commencer, c’est le retour du dénivelé une fois passé Manfredonia : en à peine 50 km, nous allons gravir près de 1100 m de dénivelé positif. C’est une très belle route en balcon avec des pins, des oliviers cultivés en terrasse et des plages en contrebas où l’alignement des parasols tous identiques est comme une réponse (bien moins jolie que l’original) à l’alignement des oliviers.
Un instant, je me suis cru en Andalousie et j’avoue avoir été bien aidé par deux éléments : l’odeur âcre des grignons d’olives (maintes fois sentie à Jaén) et surtout un village blanc, Mattinata, autoproclamée capitale de l’huile d’olive. C’est la seule bourgade entre Manfredonia et Vieste, il est 12 h, la suite est logique…
Il nous reste 25 km avant notre camping que nous gagnons vers 16 h. Comparé à hier, il est plus que tôt : nous poursuivons donc jusqu’à Vieste. Les campings se font plus nombreux, tout comme les nuages. Une odeur piquante et des cendres indiquent malheureusement qu’un incendie est actif non loin de là.
Quelques kilomètres après Vieste, notre camping nous attend sous une pinède avec la mer en contrebas. Nul besoin de nommer la mer, vous connaissez son nom. On est dans une image d’Épinal, au bord de la Méditerranée avec les cigales.
Stephen







Sous les canadairs
Les cigales ayant chanté toute la nuit, les cyclistes ont logiquement laissé la tente ouverte pour profiter d’un air plus respirable. Heureusement, le bord de mer du Gargano est boisé, ce qui limite la chaleur pour les premières remontées matinales encore rudes.
Stephen
Notre avancée calme et (relativement) idyllique est troublée par un bruit d’avion et d’hélicoptère qui se fait de plus en plus important. L’atmosphère se fait piquante et nous apercevons le site de l’incendie dont nous avions entrevu les fumées hier à Vieste. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est encore loin d’être éteint : les carabinieris sont sur place, ainsi que la brigade des feux de forêt qui éteint les broussailles fumant encore.
À mesure qu’on approche de Pescichi, trois canadairs nous survolent de très près. Ils font le plein d’eau sur la mer en contrebas devant des vacanciers au mieux intrigués, au pire imperturbables. De notre côté, même si nous ne sommes pas en danger, il y a un sentiment d’impuissance et la volonté de quitter la zone sans trop tarder.
Alors que le Gargano s’éloigne, le paysage change brutalement et les incendies s’éloignent. Nous mangeons dans une petite station balnéaire et apprenons par la Republicca que les vacanciers des plages ont été évacués par la mer. Il valait mieux ne pas traîner.
L’après-midi démarre plus calmement avec de longues lignes droites entre mer et lagunes avec des cultures de tomates à perte de vue. Le calme n’était qu’apparent : nous subissons une triple crevaison du fait de plantes semblables à des punaises. L’arrivée au camping sera un long de temps de réparation de chambres à air avec cinq rustines sur trois chambres (record battu). Il va falloir demain aller racheter des chambres et des rustines.
On sort de l’éperon
Troisième journée entièrement dans les Pouilles ! La matinée nous permet de sortir de l’éperon avec travers une zone de pinède 100 % dédiée au tourisme : campings et villages vacances s’enchaînent, plutôt bien intégrés sous les pins. Malheureusement, sur les hauteurs, un nouvel incendie se déclenche. Il y a des flammèches de part et d’autre de la route, les pompiers commencent leur intervention ; il s’en est fallu de très peu que la route soit coupée… sur notre redescente, on voit les canadairs qui s’activent. Heureusement, avec trois engins, il semble qu’ils aient réussi à vite maîtriser le feu !! Dans l’après-midi, le changement de décor est radical : on passe du 100 % touristique au 100 % maraîchage ! Le décor est plat, paysage d’étangs, et de champs de tomates !! La récolte des c pomodorini » est en cours ! Malheureusement, les travaux agricoles larguent sur la route des morceaux d’écorces garnies d’épines bien acérées… résultat, un cadeau pour chacun… Double crevaison. Ouf, un point d’ombre !! Il nous reste une vingtaine de kilomètres avant le point de chute… je crève de nouveau, rebelote !! Mais on arrive finalement dans notre camping sous la pinède ! Stephen se lance dans les rustines, moi dans la tente ! Les cigales nous accompagnent ! Elles ne s’arrêtent quasi pas de la nuit ici non plus !
Cécile







Passage dans le Molise
L’occasion de découvrir l’existence de cette petite région italienne entre les Pouilles et les Abruzzes ! La matinée doit se faire à bon rythme pour parvenir jusqu’à une boutique de vélo à Tremoli avant sa fermeture méridienne ! Sur le chemin, de multiples stigmates des incendies tout récents… Mission accomplie à Tremoli, nous reprenons la route le long du littoral. C’était la promesse d’un après-midi pépère, une cinquantaine de kilomètres le long de la mer, globalement plats!! Que nenni… des travaux sur un pont, circulation déviée (=démerdez-vous), et voilà qu’il faut prolonger et que ce n’est plus franchement plat… Deuxième déviation peu avant d’arriver, enchaînement de sentiers en gravel pour pallier le problème… Bref, pas si simple! 🙃 nous voici arrivés! Le « parrain » du camping nous repère, il semble que ce ne soit pas si classique comme camping… Voilà qu’il faut négocier l’affaire. Il s’agit pourtant a priori bien d’un camping !! Affaire conclue… La soirée finit en apothéose avec un concert 100% italien!! 😅
Cécile


Lavoro in corso
La première mission du jour est assez claire vu les problèmes d’hier : acheter de nouvelles chambres à air et des rustines. Histoire de se mettre un peu de pression, la seule boutique digne de ce nom se situe à Termoli à 50 km de notre camping avec, bien sûr, tout le dénivelé à faire avant, et ce, avant 13h, heure de fermeture.
Restons raisonnables, le dénivelé jusque Termoli est de 450 m, ce qui permet d’être relativement sereins. Il se fera par de belles routes de campagne faisant penser aux collines toscanes sans les cyprès. Il faut dire que nous avons quitté les Pouilles sans tambour ni trompette pour traverser le Molise. C’est l’une des plus petites régions d’Italie, essentiellement rurale, avec des champs à perte de vue, quelques rares villages et toujours la mer Adriatique comme horizon.
Nous gagnons le magasin largement dans les temps et rachetons des chambres à air (les quatre dernières) et des rustines. Nous saurons plus tard si le fait d’avoir acheté les quatre dernières est un signe du destin. Un petit repas dans un café à l’entrée de Termoli et nous nous posons rassurés : il ne nous reste « que » 50 km jusqu’au camping, nous ne devrions pas y être trop tard.
Sur le papier cela semble logique, mais l’après-midi a été placée sous le signe des travaux et des déviations. A chaque fois un détour, du dénivelé en plus et, finalement, nous arriverons bien tard au camping avec une jolie rallonge au compteur. La dernière sera sans doute la meilleure : travaux sur la piste de gravel, on finit sur un single bien pentu où il est préférable de pousser le vélo, alors que Le Morge est en vue.
Drôle d’endroit que les routes semblent contourner. La piste cyclable se transforme alternativement en piste de gravel bien engagé avant d’être magnifiquement revêtu sans le moindre avertissement ! Le camping arrive enfin, signalé sans autre avertissement que la flèche du GPS. Il était temps …
Stephen






Entre parasols et voie ferrée
La voie verte (dans sa partie bien revêtue) nous attendait sagement à quelques centaines de mètres du camping. Il n’y avait donc qu’à la suivre jusqu’à Villarosa notre étape du jour. Ni plus, ni moins ! Le faible dénivelé de l’étape en atteste : ce sera littoral, plage, parasols, paillotes, parasols et encore parasols. Le programme paraît fixé.
Stephen
Jusque Ortona notre voie verte est une ancienne voie ferrée. Nous avons donc droit à la traditionnelle succession de tunnels assortie du pédalage mécanique qui caractérise ce genre d’installation. On monte à faible pente, puis on descend à faible pente, et à la fin le cycliste fait «tchou tchou». La fréquentation reste raisonnable et le paysage très beau, car coincé entre de petites falaises et la mer.
Cependant, la voie verte garde les mêmes travers que la veille : on passe d’un coup d’un impeccable revêtement, à un beau tunnel en stabilisé à… rien ! Obligés de faire demi tour devant cet abandon sur une plage de galet et basta cosi ! Ce sera l’occasion de voir le centre ville d’Ortona avant de poursuivre sur une piste cyclable plus classique le long de la voie ferrée, en service celle-ci !
La fin de matinée est nettement plus monotone conformément aux attentes. La piste est bien matérialisée, mais alterne de côté jusque Pescara. Cécile chute sans gravité et est sauvée par un passant providentiel (et très costaud) qui l’empêche de heurter le sol. Quelques petites égratignures au mollet en raison de ces fichus picots de pédales plates. De vraies lames de rasoirs, mes mollets y ont déjà goûté une fois en rangeant son vélo ! Depuis, je m’en méfie comme la peste et préfère 10 millions de fois mes pédales automatiques.
L’après-midi se poursuit entre les parasols tous alignés et uniformes. Comme dans n’importe quel défilé, l’uniformité a le mérite de l’esthétisme au détriment d’un certain ennui. En passant devant une crèche dont la façade est jaune pétante, ma pensée est contaminée par les parasols. Et si on assignait une couleur à chaque type de bâtiment ? Je trouve mon idée géniale, mais elle sera rapidement mise à l’épreuve des faits : le bâtiment à côté de la crèche étant une caserne de carabinieri. On la repeint en bleu foncé ? En kaki ? Laisser le naturel et la diversité s’exprimer est sans doute une bien meilleure idée. Au diable mon idée d’uniformité bâtimentaire : roulons !
Il ne faut pas que j’en veuille à mon cerveau de chercher à s’évader devant le programme de l’après-midi. Piste cyclable sans grand intérêt, surchargée de « vélos » et de fat bike. Certes, le dénivelé est absent, mais il faut une vigilance de chaque instant. Le camping est encore une fois bienvenu, et il est nettement mieux qu’hier (même si nous profiterons encore de la soirée chantante italienne).


Le long du littoral des Abruzzes 🏖🏖🏖🏖
Apres avoir quitté notre camping de mafiosos du Morge, la journée commence tranquillement le long d’une belle voie verte, ancienne voie de chemin de fer. On alterne entre les cabanes de pêcheurs typiques de l’Adriatique et les plages privées avec leurs innombrables parasols colorés ! Les choses commencent à se gâter à partir de Pescara… alors qu’on comptait les jours précédents les cyclistes sur les doigts d’une main, c’est désormais une horde de cyclistes qui pédalent sur cette portion de piste cyclable de plage en plage le long du littoral des Abruzzes… horrible!! Avec des « véhicules » plus ou moins maîtrisés, plus ou moins chargés, plus ou moins puissants… Le pire étant les fat bikes lancés à toute allure… La fâcheuse impression de pouvoir rapidement être écrasée comme un vulgaire moustique. Et la piste qui virevolte, gauche, droite, route, trottoir, etc. Résultat, freinage d’urgence de ma part pour tenter d’éviter une voiture, et bim badaboum… J’étais prête à me faire emporter par mon cher vélo trop chargé… mais l’homme providentiel du jour – du type déménageur- est arrivé pile à ce moment là !! D’une main, il m’a agrippée et m’a remise d’aplomb !!! Il y a décidément des vidéo gags qui se perdent…😁Moi je n’avais pas de mot pour le remercier… lui n’a même pas dit un mot, n’a a priori ressenti aucune émotion de la scène… Sans doute il ne réalisait pas que cette petite chute anodine, serait pour moi bien douloureuse!! Dans l’affaire, sans que je ne m’en rende compte, ma pédale en a quand même profité pour rentrer bien profond dans mon mollet… Brrr, dégoûtant…. 😖 Mais la pharmacienne de Villa Rosa est rassurante, pas besoin de suture, juste de bons pansements ! Truc incroyable, elle s’occupe de ma plaie, me nettoie le truc, me pose le pansement ! Jamais vu cela en France… pourtant, que ce fut réconfortant ! Nous arrivons finalement au camping de Villa Rosa, entiers mais épuisés ! La côte est belle, le lever de la pleine lune sur la plage, exceptionnel !
Cécile






On prend les mêmes et on recommence ?
Nous continuons notre remontée de l’Adriatique avec une étape qui se profile, peu ou prou, comme celle d’hier. J’imagine déjà le fameux tryptique parasols, piste cyclable et voie ferrée. Ce sera quasi la même chose à plusieurs exceptions près : une journée n’est jamais la même en vélo (et dans la vie aussi, mais c’est une autre histoire). Ainsi, si l’on partage une trace à quelqu’un il ne vivra jamais la même chose que nous avons vécu en la réalisant. C’est ce qu’il y a de beau dans la notion de trace : elle n’existe plus au moment où on l’a termine mais servira de base à une autre trace, forcément différente.
Stephen
C’est donc une journée différente qui nous attend aujourd’hui, d’une part, car nous sommes dans les Marches à partir de Martinsicuro, et d’autre part, car le dénivelé fait son grand retour à la fin de l’étape mais j’anticipe un peu !
Pour une fois, il y a un panneau qui marque le changement de région. On est loin des « à bientôt dans le Vaucluse » et autres » Bienvenue dans les Bouches-du-Rhône » auxquels nous sommes habitués. Ici un simple panneau, sans logo et basta ! Un peu de simplicité ne fait pas de mal pour cette nouvelle (et avant dernière) région côtière. Les collines sont plus vertes et les vignes plus présentes. Si je me fiais à mon instinct, on dirait que l’on remonte vers le nord.
Hormis ce détail, la journée ressemble un peu (mais pas totalement quand même ☺️) à celle d’hier. La voie verte est toujours aussi joueuse et passe d’un revêtement idyllique avant de disparaître sans avertissement. Il y a heureusement moins d’agglomérations à traverser qu’hier, et donc moins de cyclistes. En un mot on respire un peu plus !
Et comme pour respirer, il faut prendre de la hauteur : rien de tel que la montée au Mont Conero, seul relief entre Trieste et le Gargano. La côte Adriatique est décidément très plate ! Un peu de dénivelé fait du bien aux jambes avec des pentes sévères pour s’extraire de la mer. Il s’ensuit une raide descente à Portonovo où nous passons la nuit. Si j’ajoute que c’est un terminus, est-ce que je divulgache le début de l’étape de demain ?


Toujours le long du littoral, des Abruzzes aux Marches
Retour sur notre piste cyclable de l’Adriatique ! La perspective de revivre le même scénario de slalom au milieu d’une foule de « deux-roues » n’est pas bien séduisante. Et puis on commence à comprendre en quoi consiste le littoral adriatique 🏖🍧🍹🏖 ….Mais les choses s’améliorent : moins de monde, un peu de campagne, quelques coupures urbaines, ouf !! En début d’après-midi, l’heure de la sieste nous est toujours favorable, on est bien tranquilles ! 😊 Et c’est toute la magie du vélo : en repartant en début d’après-midi, on a toujours la crainte d’être incapable de rouler dans ce four !! Mais, hop, une fois passé le moment fatidique de remonter sur la selle, l’air marin opère sa magie, et les jambes peuvent s’activer !! Il vaut mieux d’ailleurs!! La destination du jour se mérite : il faut grimper 7 km en fin de journée avant d’y arriver… mais la baie de Portonovo (en Italie, si si si) en vaut la peine! La zone est prisée : on obtient le tout dernier emplacement du seul camping des environs, sous la pinède !! 21h, la soirée karaoké italienne se prépare ; il est temps de fuir trouver la pasta du soir un peu plus loin !! 😅
Cécile






Dans les Marches jusqu’à Riccione en Emilie-Romagne
Après une nuit sous la pinède de Portonovo, il nous faut ressortir de ce bout du monde… et tout remonter… la pente est raide, 15%… pour moi c’est quasi limite avec le chargement, 1% de plus et j’étais bonne pour pousser le vélo je pense !! Nous arrivons à Ancône, dont nous prenons le temps d’admirer le port, avec son chantier naval Fincantieri ! Alors qu’on a tant roulé sur pistes cyclables ces derniers jours, à Ancône, les aménagements cyclables sont totalement absents !! Et, avec ses pentes raides, y circuler en vélo est assez périlleux, on sent que les bagnoles ne feront pas de cadeau ! Nous retrouvons finalement un bord de mer plus paisible ! Pas tant de monde sur cette partie là ; forcément le sable a ponctuellement laissé place à des galets ! Le scénario sera le même que celui de la veille, un enchaînement de montées en fin de parcours….cela nous permet d’aboutir à l’élégante destination de Gabicce Monte, qui offre un superbe panorama sur le golfe de Rimini ! On retrouve depuis les hauteurs l’enchainement des plages et des hôtels jusqu’à Rimini ! On redescend tout et on mobilise les dernières forces pour affronter les foules de bord de mer en fin de journée !! On arrive finalement dans un immense camping en bord de mer ! Ça se voit qu’on pique vers le nord, on retrouve les plaques NL et D si typiques des campings !! Aussitôt arrivés sur notre emplacement, notre voisin nous offre le Prosecco ! Assez rare pour être souligné, les sanitaires de ce camping sont dignes d’un hôtel *** !! Un bon plouf pour se remettre de cette journée avant la pasta quotidienne ! 😊
Cécile


Le dernier voyage du pirate
Commencer une journée en sachant ce qu’il va s’y passer est soit un don rare, soit profondément ennuyeux. En descendant à Portonovo, terminus de notre étape de la veille, je savais ce qui allait nous attendre aujourd’hui. La descente était raide, la montée le sera donc logiquement, et à froid histoire de ne rien gâcher. Il faut avouer que monter des pentes à 15% de bon matin est assez violent, surtout avec un vélo chargé à 15 kg.
Stephen
Le profil de l’étape ne limite pas la montée aux premiers kilomètres. Jusqu’à Ancône, nous ferons 400 m de dénivelé en à peine 30 km. De quoi chauffer un peu les jambes au cas où elles persisteraient à rester froides (ce qui ne fut heureusement pas le cas). Après une traversée du port d’Ancône, il est prévu que le profil s’aplanisse pendant près de 50 km. Ce seront 50 km amputés d’une pente imprévue à 12% à la sortie d’Ancône. Comme quoi la journée prévisible peut réserver des surprises.
On reprend les ingrédients des jours précédents pour ces 50 km amputés : plage, parasols, galets, piste cyclable et voie ferrée. A vue de nez rien de bien innovant, sauf que le vent a décidé de souffler en continu, dans l’axe que nous allons suivre. Il n’est pas fort, mais complique la journée prévue, tout comme les inlassables disparitions de la piste cyclable qui nous obligent à quelques diverticules.
Les 30 derniers kilomètres sont censés apporter un peu de surprise avec le retour du dénivelé. La surprise sera non seulement de taille, mais multiple. Tout d’abord la route serpente entre des arbres, des vignes et se met à dominer la mer. Elle mérite bien son surnom de « route panoramique » et semble prisée des cyclistes, et on les comprend. Alors que l’agglomération de Rimini est en vue (Riccione est situé quelques kilomètres en amont) et que s’amorce l’ultime descente, la deuxième surprise accoste sans prévenir sous la forme d’une fresque dédiée à Marco Pantani.
Depuis le début de l’étape, la petite voix que j’ai parfois dans la tête (que certains appelleront « petit vélo » par commodité) n’a de cesse de me dire qu’elle a déjà entendu parler de Rimini. Comme toujours, je ne me renseigne pas avant l’étape, car je pars du principe que si un élément est évident je le verrai tôt ou tard, mais aussi parce que j’ai envie de me laisser le temps d’accueillir mes ressentis. A Rimini, le ressenti avait un bandana : c’est ici que le pirate a posé pour la dernière fois son célèbre couvre-chef.
Contrairement à ce que disent les Wampas dans leur chanson hommage, je ne suis pas sûr qu’à côté de Rimini, Palavas ait l’air sexy ou que la Grande Motte ressemble à Venise. Par contre, je suis sûr que cette journée qui s’annonçait prévisible, ne le fût pas tant que ça. J’ai bien fait de laisser parler la petite voix, elle est parfois pertinente…






Vers le delta
L’arrivée à Riccione (et ma consultation après coup des informations sur le lieu) ne laissait pas de place au doute : c’est au minimum 15 kilomètres de littoral urbanisé qui nous attendait aujourd’hui. Minimum est un doux euphémisme : parlons plutôt de 50 km à alterner entre piétons, voitures, piste cyclable, plus ou moins bien faite, et le pire à mon avis : « vélos » en tout genre. Ceci ne fait que confirmer ce que je savais déjà : devant la diversité des pratiques, une piste cyclable trop fréquentée est souvent bien plus dangereuse que la route. On n’apprend pas (ou peu) à faire du vélo et certains usagers sont tout à fait perdus, quand ils ne sont pas dangereux. Les fat bikes qui n’ont de bike que le nom en sont la manifestation la plus visible !
Stephen
Heureusement, une fois passée cette agglomération littorale, on retrouve un peu de quiétude, même si on n’est jamais isolés non plus. La plus grande satisfaction de la journée vient de la traversée de plusieurs pinèdes. Enfin du calme, du gravel, un chevreuil et du plaisir !!
Suite à cette apogée, la fin de l’étape après Ravenne sera longue : traversée de zone industrielle, route défoncée et fin sur une grosse route. On paie les 10 km de plaisir à travers la pinède ! L’arrivée au royaume des moustiques 🦟🦟🦟 à Porto Garibaldi ne nous épargne rien. On connaissait l’hostilité de la zone pour l’avoir traversée il y a 2 ans au retour de la Croatie. Elle n’a malheureusement pas changé !


Le long de la Riviera Romagnole
Étape le long de la Riviera Romagnole, un littoral sans discontinuer quasiment dédié à 100% au tourisme!! Depuis notre départ de Riccione, nous passons de station balnéaire en station balnéaire, un enchaînement sans fin d’hôtels, boutiques, restau de bord de mer, sur plus de 100km !! Et le comble c’est que les clients sont partout au rendez-vous ! Nous enchainons les littoraux de Rimini puis de Ravenne. Heureusement, en début d’après-midi, notre itinéraire prend une tangente « nature » au travers de vastes pinèdes qui marquent l’arrivée dans le delta du Pô ! Même si je ne suis pas cliente du vélo sur aiguilles de pin et racines, ça fait du bien de se retrouver seuls au monde sous la pinède ! Nous restons tout aussi seuls dans la traversée de la zone pétrochimique de Ravenne ! Pas sexy pour deux sous c’est sûr 🤭 ! Puis, nous retrouvons l’animation estivale en arrivant sur la dernière portion de la Riviera romagnole, les Lidi di Comacchio, succession de 7 stations balnéaires, dont Porto Garibaldi !
Cécile
Mais, bien que plate, l’étape est rude ! Disons les choses, on échoue au camping !! 🤪 Les moustiques doivent sentir notre faiblesse : nous sommes littéralement bombardés !! Il faut dire que la zone est proche du delta du Pô et que c’est une zone d’étangs ! La pharmacienne m’avait pourtant vendu un antimoustique bio aux huiles essentielles… Ma foi, les moustiques s’en foutent bien pas mal… Bref, demain, on investira dans le chimique ! 😝 Heureusement le serveur du restaurant nous prend en pitié et sauve notre soirée en nous permettant de nous enduire d’un répulsif, un vrai 😁 !!






Cap à l’ouest !
Nuit catastrophique dans le camping de Porto Garibaldi… ☹️ non seulement les moustiques qui bombardent, la chaleur tropicale, mais aussi le gardien du camping qui est le premier à faire un boucan d’enfer jusqu’au bout de la nuit… 😡 Dans l’absolu, ce lido envahi de moustiques – et pourtant très touristique – ne donne pas envie de s’y attarder : nous partons sans regret ! Cap au Nord puis, très rapidement, à l’ouest ! C’en est fini de l’Adriatique, nous allons à présent remonter le Pô ! Finies les hordes de touristes : plus un rat sur les interminables lignes droites de la levée du Pô en plein cagnard ! Mais il faut concilier avec la chaleur : l’Italie en est un stade encore plus critique que la France, 25 des 27 plus grandes villes du pays en vigilance rouge, le Pô est considéré comme à un niveau d’assèchement critique…. 😥 Heureusement, nous arrivons nous mettre au frais dans un charmant camping à Stellata, sur le bord du fleuve. Certes les moustiques sont toujours bien là, mais le lieu est calme, apaisé, joue la carte locale et nous permet un plouf régénérant !!… avec le bonnet de bain obligatoire s’il vous plaît, spécificité italienne ! 😁
Cécile


Du pire au meilleur
Je crois que j’ai rarement été aussi ravi de lever le camp de bon matin tant le camping où nous avons dormi était sordide : moustiques à foison (même l’anti-moustique acheté il y a quelques jours était inactif !), chaleur humide très pénibles, le tout couronné par l’agent d’accueil qui a sa caravane proche de nous et a reçu du monde jusque tard dans la nuit. Pas franchement le plus calme !
Stephen
En raison de la chaleur annoncée, je réduis l’étape de 20 km en préférant longer de grosses routes histoire de vite changer de cap et s’éloigner du delta. L’atmosphère est lourde, saturée d’humidité : autant dire que les conditions sont des plus rudes. On se succède en relais avec Cécile dans les lignes droites jusqu’à gagner le Pô.
Après un repas bienvenu dans un endroit frais et providentiel, il nous reste 40 km avant le camping. Sur le papier ça semble peu : le dénivelé est absent et le cap est clair, mais il fait très très chaud. Nous traversons le Pô pour prendre la piste de la rive gauche (sinistra) histoire de changer un peu (nous avions emprunté la piste de la rive droite (destra) il y a deux ans en revenant de Croatie). Cette rive est en Vénétie, elle est plus peuplée et un peu mieux équipée que l’autre rive. Il n’empêche qu’au bout de 20 km il faut s’arrêter : il faut tremper les vêtements, se rafraîchir, se mettre à l’ombre… et compter les kilomètres jusqu’à la fin.
Une réparation de crevaison plus tard, nous arrivons au camping qui est heureusement tout ce que l’Italie peut faire de mieux : accueil chaleureux et bienveillant, petite taille, piscine, restaurant presque gastronomique et local, mais aussi calme ! C’est une belle illustration des grands contrastes italiens : routes pourries qui deviennent d’un coup magnifiques, pistes cyclables impeccablement revêtues qui évoluent en gravier, automobilistes agressifs puis très gentils et avenants… Nous sommes bien dans un pays de grands contrastes !






Strade bianche vénitiens
Devant l’ampleur de la canicule italienne et l’arrivée plus que difficile hier, il faut se rendre à l’évidence : le départ à 9h30 appartient au passé (du moins pour le moment). Nous émergeons donc à 5h pour un départ à 7h30, logistique de rangement et petit déjeuner oblige.
Stephen
L’étape débute par 30 kilomètres le long du Pô jusqu’à Ostiglia. Nous y avions mangé lors de notre retour de Croatie, il y a deux ans et avons rapidement reconnu l’usine dominant la bourgade. Le rythme est plutôt bon : à 9h30 nous dépassons les 40 km au compteur. La piste cyclable du Pô, qu’elle soit destra ou sinistra, est une vraie autoroute pour vélo. On y croise d’ailleurs une certaine activité matinale constituée de marcheurs, coureurs et, bien sûr, cyclistes locaux et itinérants qui profitent de la (relative) fraîcheur matinale.
Nous quittons le plus grand fleuve italien, pour nous diriger vers le nord à travers une réserve naturelle. On est au milieu des oiseaux et des étangs sur de beaux chemins de gravel apportant une fraîcheur bienvenue. Puis, retour à la civilisation, ou plutôt aux rizières, ce qui nous interdit tout arrêt en raison de la prolifération de moustiques en ces lieux (toute ressemblance avec une situation vécue à Pavie est bien sûr exclue). Les routes sont blanches, sablonneuses : on se croirait presque sur les célèbres strades bianche toscans mais en Vénétie sans les cyprès et la vigne…
Après une pause rafraîchissante au bout de 80 km, nous sommes à 20 km de notre destination. Vérone est toute proche, mais nous n’irons pas, la chaleur oblige à des choix et à tout détournement de l’essentiel. La vigne a fait son apparition, le paysage devient plus vallonné, au loin les montagnes se distinguent à peine avec la chaleur : nous avons bien quitté la plaine du Pô. Nous arrivons à Borghetto dans un très bel endroit : château, culture du kiwi et de la vigne, eau à profusion et camping dédié aux camping cars allemands dont certains ont la taille d’un camion de 33 tonnes. L’endroit est charmant mais ne peut que nous pousser à nous interroger : heureusement que la vie de tout vacancier ne tient pas dans un camion où l’inutile se conjugue au superflu…


Dans la Plaine du Pô côté Vénétie
Pour ce 10ème jour de vélo, nous décidons, pour notre départ du camping de Stellata, d’activer notre plan ORSEC ! La chaleur est vraiment trop rude à l’intérieur des terres, rouler l’après-midi devient ardu, le soleil ne nous fait pas de cadeau ! On se réveille donc dès potron-minet pour lever le campement au plus vite et partir à la « fraîche ». Comme hier, on remonte le Pô, entre plaine agricole et industrie (le Pô est l’axe économique stratégique du Nord de l’Italie). L’étape est quasi 100% en Vénétie, dans la province de Vérone. Notre parcours nous fait divaguer entre rizières, champs de maïs, de lin, de sorgho…et même de basilic !! Souvent sur des chemins de gravel… plus ou moins « roulables » ! 😊 La matinée semble quand même longue quand il faut faire 80% de l’étape!! Nous arrivons à notre halte du midi déjà bien cuits!! Il nous reste une vingtaine de km à parcourir sous une chaleur ardente ! Mais la destination vaut le détour à bien des égards ! Déjà, le village de Borghetto est très cossu (à l’image de toute cette région il semblerait), avec son joli centre bourg sur les rives du Mincio, affluent du Pô. Par ailleurs, on se retrouve dans un camping tout à fait singulier, spécialisé dans l’accueil des camping-cars et tout particulièrement des très très gros camping-cars!! De vrais camions, qui charrient voiture d’appoint, scooter, vélos, barbecue, etc. etc.!! Impressionnant et effrayant à la fois !! Et dernier point, la spécialité locale : les tortellini ! En notant que, pour les italiens, il ne faut pas confondre tortellini et tortelloni, pas si simple ! 😋
Cécile






Dans l’influence du lac de Garde
Même méthode que la veille ! Dur dur, mais on quitte notre camping Little Germany au plus tôt pour espérer avancer au mieux l’étape en matinée ! D’autant que ce soir, nous avons un hébergement à couvert réservé : il va bien falloir y arriver ! 😊 Désormais en Lombardie, nous traversons un vrai pays de Cocagne, une belle campagne, un beau vignoble en coteaux, des vergers, des villages élégants. Bref, il semble y faire bon vivre !! On se trouve au bord du Lac de Garde, le plus grand des lacs italiens, tout proche des Alpes, que l’on devine au loin, mais caractérisé par un climat très doux ! On déguste même quelques figues déjà mûres sur le chemin… Après cette succession de montées/descentes sur les coteaux, le tout sur des chemins de gravel (montée compte triple pour ma part…🤤), on en a heureusement fini pour la journée avec le dénivelé ! Pause au frais dans un bar pour déguster de bonnes piadines, et c’est reparti pour les quelques 25km restants ! Le soleil est littéralement brûlant en ce début d’après-midi… Le moindre arrêt au feu rouge en plein soleil (car il faut bien s’y arrêter…) nous donne l’impression de griller sur place ! Nous arrivons finalement à Romano di Lombardia, dans la province de Bergame, où nous dormons à couvert avec vue sur la belle église de cette jolie petite cité médiévale. Nous rentrons de notre pizzeria du soir vers 22h30…. la température de la pharmacie affiche encore 32°… 🥵
Cécile


Le grand absent ?
Depuis hier, le rôle de l’eau a clairement changé. Les premiers coup de pédales matinaux au bord du Mincio nous le confirment : nous passons de l’eau canalisée du delta du Pô qui alimente les rizières à l’eau descendant des lacs qui alimente les vignes, champs de maïs ou autres vergers.
Stephen
Autant dire que les lacs sont attendus et que leur proximité va marquer l’étape, même s’il faut chercher les indices de leur présence. En peu de kilomètres, les activités humaines semblent très concentrées : agriculture, élevage, viticulture, urbanité, transports. On évite les villes grâce à de très beaux sentiers de gravel avec le sentiment de laisser le sentier nous guider et nous désorienter dans ses circonvolutions.
Résultat, plus l’etape avance et plus je me convainc que le lac de Garde sera le grand absent : celui dont on sent la présence sans jamais le voir … Il fallait donc que mon cerveau, déçu, trouve une occupation ou plutôt des occupations. La première a été la familiarité des toponymes : Solferino, Broglie. Ces noms sont connus en France par nos rues notamment. D’ailleurs, je me demande ce que penserait un Italien s’il savait que Broglie est prononcé « Breuil » en France. Dit-on j’habite à Breuil en italien ?
Au passage, de l’air frais : je me dis que c’est l’air du lac en déplorant son absence. Puis, je me focalise sur une paire d’escarpins rouges abandonnés le long du chemin. Je n’ai pas le temps de prendre une photo de ce détail, mais me mets à réfléchir aux raisons de leur présence. On dérive bientôt sur la couleur rouge : un train Freciarossa vient de passer. Nous sommes en Italie, le rouge a encore sa valeur médiévale de noblesse et de prestige. Peut-être est-ce le pape ou une papesse qui a laissé ses escarpins, comme une trace au bord du chemin. On est bien loin du lac !
Arrivé en haut d’une côte, j’attend Cécile et lui parle des vaches en lui demandant si elle les avait vues. Elle me répond pas la négative, trop occupée à faire une photo du … lac ! J’étais tellement parti loin que j’en avais fait le deuil. Un tour de tête vers la droite et il m’apparaît comme une évidence en contrebas. Le grand absent sera donc présent à peine quelques kilomètres.
Ma curiosité satisfaite puisqu’en quelques kilomètres j’ai vu Solferino, Broglie, Breuil, des escarpins, un pape, un train, une papesse et le lac, il ne nous reste plus qu’à poursuivre jusqu’à Brescia. En remplissant les gourdes, Cécile remarque un figuier chargé de fruits que je n’avais pas vu (mais décidément où ai-je l’esprit ?). Les pépins de figues dans les dents vont me fournir une bonne occupation pendant les kilomètres qui nous séparent de Brescia.
La ville traversée en plein midi est magnifique, mais atteinte du « syndrome turinois » expérimenté il y a deux ans. Vide et plongée dans une grande léthargie. On en oublierait presque la qualité des pistes cyclables, qui serpentent entre les maisons, jusqu’au repas du midi. Le scénario d’hier se reproduit à l’identique : une serveuse qui parle un français impeccable, 20 km à faire et 43 degrés au thermomètre. Il est temps d’arriver à couvert à Romano di Lombardia.






Pochette surprise
On prend les mêmes et on recommence ce matin avec un lever tôt et un départ du même acabit. La chaleur n’ayant pas baissé, il est toujours crucial de partir tôt. Heureusement notre nuit à couvert a été fraîche, réparatrice, et permet de gagner un temps appréciable le matin.
Stephen
L’étape du jour est essentiellement marquée par la traversée de Milan, sans cochon dans nos sacoches contrairement à une autre traversée parisienne, le lieu et le faible volume disponible ne le permettant pas. Nous nous attendons à une étape très urbaine, ce qui sera plutôt une bonne surprise. Même si les 30 premiers kilomètres se résument à de multiples circonvolutions urbaines, nous rejoignons rapidement les rives de la Naviglio Martesana, parfaitement aménagées qui vont nous amener en plein cœur de la capitale économique de l’Italie.
Les rives sont ombragées, abondamment fréquentées par les sportifs en tous genres et parfaitement apaisées. Je dirai (presque) qu’on se retrouve au cœur de Milan sans effort. Traverser une ville de cette taille en si peu de temps est toujours frustrant surtout que je ne connais pas Milan. Il me reste à me dire le sempiternel « on y retournera » et à profiter pêle-mêle des vieux tramways jaunes, verts et rouges, de la skyline milanaise qui contrairement à l’escalope s’élève verticalement, ou encore de la somptueuse façade de la cathédrale. Il faudra vraiment y retourner !
Autre bonne surprise de la journée, la ville subit également le « syndrome turinois » dont j’ai parlé il y a peu. La traversée de Milan me semble bien moins pénible que celle de Rimini, où les cochons avaient quitté les sacoches pour faire du fat-bike. A l’unanimité, le syndrome turinois sera dorénavant désigné sous le nom de « syndrome estival urbain nord Italien », c’est plus exact, mais plus compliqué aussi.
Autre surprise (à croire que c’est le jour de la pochette surprise), la sortie de la ville se fait aussi le long d’un autre cours d’eau : la Naviglio Grande. On retrouve les mêmes ingrédients que tout à l’heure, assortis d’une fraîcheur agréable aux heures les plus chaudes de la journée et de nombreux cyclistes pédalant comme si de rien n’était. Les 50 km de l’après-midi, qui me semblaient insurmontables, passent finalement très bien : l’itinérant n’est pas un fou isolé, mais un cycliste parmi d’autres. C’est parfois rassurant de savoir qu’on n’est pas seuls sous la chaleur…
On finit l’étape sur une nationale, avec un bas côté agréable (encore une surprise) pour rejoindre Novare, notre étape du jour. Nous venons de quitter la Lombardie pour le Piémont (dont Novare est, oh surprise, la deuxième ville par la taille après Turin). Un autre hébergement couvert nous attend ce soir, faute de camping, et en prévision d’une étape de demain qui sera également longue. Il faudra surtout que je me lève plus tôt pour acheter une autre pochette surprise, en espérant que ça se vende ici…


De la Lombardie au Piémont, via Milano
Nouveau départ bien matinal de Romano di Lombardia ! La température n’est quasi pas descendue de la nuit… Heureusement, notre itinéraire nous conduit rapidement le long du « Naviglio martenasa », un canal construit au 15eme siècle pour dériver les eaux de l’Adda, affluent du Pô, vers Milan. Une très belle piste a été aménagée dans les années 90 le long de ce canal. On profite pleinement de l’aménagement : non seulement les eaux canalisées apportent un peu de fraîcheur, mais aussi, cela nous permet de traverser aisément la grande périphérie milanaise ! Au passage, quelques moulins à eau et la traversée de jolies villes lombardes, notamment l’une d’entre elle dont le seul nom fait rêver : Gorgonzola !!! 😋 L’origine du fromage semble bien venir de là. Même si, depuis notre canal, nous voyons clairement plus de canards et de ragondins que de vaches laitières!! 🤭
Cécile
Nous arrivons finalement à Milan, que nous traversons de part en part, en passant devant ses monuments emblématiques : le Duomo, le Parco Sempione, le château des Sforza et le quartier des Navigli ! La traversée est facilité par les nombreux aménagements cyclables et par le relatif calme estival… Mais, quoi qu’il en soit, la traversée d’une si grande ville reste semée d’embûches : pavés défoncés, galets, glissières de tram, traversées incessantes de carrefours, groupes de touristes… Bref, stressant et fatigant ! Mais heureusement, nous retrouvons un nouveau « naviglio », le Naviglio Grande, qui dérive les eaux d’un autre affluent du Pô, le Tessin, à l’ouest de la ville cette fois. Pause au frais une fois sortis de Milan avant de se relancer le long du canal ! La vocation d’irrigation est bien confirmée : nous sommes au cœur d’une région de rizières ! L’air, chaud et humide, embaume la subtile odeur des rizières!!
Mais toutes les bonnes choses ont une fin : canicule oblige, nous taillons en travers pour alléger une étape malheureusement pensée trop longue pour cette chaleur écrasante… et nous nous réfugions à couvert pour éviter moustiques et chaleur nocturne écrasante 😒. Au revoir la Lombardie, nous voici à présent dans le Piémont, qui sera notre dernière région italienne, et plus précisément à Novare, deuxième ville de la région après Turin !
Risotto au gorgonzola et escalope milanaise pour concrétiser et rendre hommage aux découvertes de la journée! 😁






Au milieu des rizières
Réveil musculaire bien agréable sur une petite route au milieu des rizières, dans la douce odeur du riz ! Les aigrettes, ibis, et hérons qui peuplent les champs s’envolent sur notre passage!! Quoi de plus élégant que l’envol d’un échassier ??! Je ne tente même pas de les prendre en photo : ils sont bien trop rapides pour moi !!😊 Nous restons dans un paysage de rizières et de canaux sur une grande partie de l’étape, entre petites routes et chemins de gravel ! Nous rejoignons ensuite le canal Cavour, justement creusé au 19ème siècle pour favoriser l’irrigation de la zone et permettre l’essor de la riziculture ! Enfin, les berges du Pô, tantôt sur herbe, tantôt sur gravier ou sur sable, nous mèneront jusqu’à Turin lentement… , car moi et mon tracteur ne sont pas bien rapides sur ces terrains là 🙃 ! L’arrivée se révèle donc longue, brûlante, et poussiéreuse ! Mais il n’en reste pas moins que nous entrons dans la 4ème ville italienne, avec près de 850 000 habitants, en longeant des cours d’eau, sans passer le moindre échangeur et sans rentrer dans le trafic urbain, ce qui est bien agréable en ces temps caniculaires ! Une étouffante chaleur écrase d’ailleurs littéralement la ville : 35° encore vers 22h… !! Nous restons très modestes sur la visite nocturne de Turin, avec néanmoins un petit détour par le symbole de la Ville : le Molle Antonelliana, avec ses 167 m de hauteur !
Cécile


Ibis envahissants
Peu de commerces étant ouverts à notre départ, je n’ai pas pu acheter de pochette surprise pour renouveler l’expérience de la veille. C’est donc avec mes jambes, mon vélo et de l’ensemble de mes sacoches que nous allons relier Turin. Avant de quitter Novare, une petite photo histoire de ne pas se dire dans quelques temps que nous avions dormi dans une ville piémontaise avec un gros clocher sans se souvenir de son nom.
Stephen
Sitôt la ville quittée, les rizières s’enchaînent à perte de vue. Autant hier j’avais complètement loupé l’odeur du riz, autant elle est bien présente aujourd’hui, comme une compensation. Les routes sont tranquilles et seul notre passage vient perturber la quiétude des nombreux oiseaux : aigrettes, hérons et surtout de magnifiques ibis sacrés ! C’est un régal pour les yeux qui s’achève lorsque nous rejoignons Verceil, capitale italienne du riz avec sa bourse du riz qui fixe les cours pour tout le pays.
La suite est nettement moins drôle, du moins au début, car elle a lieu sur une route rectiligne pendant 15 km. Heureusement, cela devient plus réjouissant avec le retour des passages en gravel au milieu des rizières. Place à un nouveau bal d’oiseaux qui s’envolent au même titre que les kilomètres jusqu’à notre pause méridienne. Les derniers kilomètres sont facilités par un chemin de halage fraîchement revêtu le long du canal Cavour. Au milieu des rizières, son rôle d’irrigation paraît évident, tout comme la fin prochaine des rizières à mesure que le maïs se fait de plus en plus présent.
Il nous reste à gagner Turin pour l’après-midi, alors que je n’avais pas gardé un souvenir mémorable de cette traversée il y a deux ans. Fort de cette expérience, on entre dans la ville frappée du célèbre « syndrome estival urbain nord italien » de manière ludique par les chemins de gravel. Les ibis et le riz ont disparu et sont remplacés par la « civilisation ». J’apprendrai plus tard que les ibis sont une espèce exotique envahissante qui perturbe la biodiversité. Est-ce que l’être humain est en tête de ce classement ?






Toute puissance piémontaise
Quitter Turin par les parcs, bien que parfaitement sécurisé et apaisé, est épuisant, car on a le sentiment de tourner en rond sur diverses pistes plus ou moins cyclables en s’apercevant une heure plus tard qu’on peine à dépasser les 15 km au compteur. Heureusement, en route, on croise quelques écureuils gris qui, n’en déplaise aux ibis, sont aussi des espèces exotiques envahissantes. D’ailleurs nous n’avons aperçu aucun écureuil roux, c’est dire !
Stephen
Une passerelle et deux ascenseurs cyclables marquent la fin de Turin et le début de sa banlieue, avec très vite une immense allée d’arbres. Aucun doute, nous sommes face à une demeure royale : le pavillon de chasse de Stupinigi classé au patrimoine mondial de l’Unesco, c’est dire. Une ambiance proche de Chantilly, Compiègne ou Rambouillet avec une gigantesque perspective en ligne droite qui pourrait servir de piste d’atterrissage, d’athlétisme ou encore de repos du cycliste qui n’a subitement plus besoin de slalomer entre les racines.
Le repos se poursuit pourtant bien au delà à travers près de 20 km de voie verte construite sur l’ancienne voie ferrée entre Airesca et Moretta. Au loin les montagnes sont de plus en plus proches, quoique cachées par des nuages d’orage. Le Piémont n’a jamais aussi bien porté son nom et je réalise en parcourant cet espace, un certain sentiment de toute puissance que doivent avoir nos voisins pour leurs déplacements en France.
En quelques kilomètres peu accidentés et bien reliés, on peut passer en France par le col de Tende, le col de la Lombarde, le col de Larche, le col Agnel, le col de Montgenèvre, le col de l’Échelle, le col du Mont Cenis, le col du Petit Saint Bernard… Derrière un unique espace italien (le Piémont) de multiples vallées et régions françaises. Autant passer du pied du col de Tende au pied du col du Mont Cenis est allègrement faisable en relativement peu de temps côté italien, autant c’est une toute autre paire de manche côté français !
Au passage, nous mangeons à Saluzzo et profitons d’un très beau centre-ville. Devant la cathédrale, un détail suffisamment rare attire mon attention : les 4 maillots du Giro sont représentés sur le sol. Il y a donc eu un départ il y a peu ici ! Les sponsors me permettent de déduire que c’est le Giro féminin, alors que mon téléphone me confirmera que c’est tout simplement la dernière étape qui a eu lieu ici avec départ et arrivée ici ! Cécile est sur les traces de Demi Vollering, depuis le temps que je le dis…
Les derniers kilomètres se font en virevoltant entre des cultures de pommiers (la pomme 🍎 rouge de Cuneo est une AOP reconnue !), de kiwis 🥝, de pistachiers, de poiriers 🍐 ou encore d’élevage de vaches 🐄 piemontaises. Il est temps d’arrêter ce texte : d’une part je vais finir par ne plus avoir d’emojis, d’autre part, nous arrivons à Cuneo. L’orage semble se préciser, mais il finira par passer : direction le camping ⛺️ !


Au coeur du Piémont alpin
Nous entamons cette dernière étape 100% italienne par une longue sortie de Turin sur les bords du Pô ! Un orage matinal providentiel rafraîchit un peu l’atmosphère étouffante de cette ville ! Le parcours matinal est parfois un peu trop « idéologique » à mon goût, nous baladant sur des sentiers étroits remplis de racines et entre les ronces, au seul motif d’éviter les routes…. On s’en lasse assez vite… et en prime, le vélo en ressort tout sale… Ça me confirme de mon côté que j’ai ma dose de chemins de gravel pour trèèès longtemps !! 😜 Enfin sortis de l’agglomération, et tranquilles des chemins tout pourris, nous traversons l’impressionnant Pavillon de chasse de Stupigini, qui fut l’une des résidences royales de la Maison de Savoie (et qui est classé à ce titre au patrimoine mondial de l’Unesco). La zone de chasse a été transformée en un vaste parc naturel que nous traversons agréablement ! Puis, nous longeons quasi de part en part, sur une vingtaine de km, une très belle piste cyclable aménagée sur une ancienne voie de chemins de fer. Autour de nous, fini le riz, place au maïs et à l’élevage bovin ! Ça sent le lisier à présent !! ☺️ Le paysage a bien changé : au cœur de ce Piémont alpin, les montagnes nous offrent un beau décor ! Petit à petit, les vergers se font plus nombreux : pommiers, noisetiers, châtaigniers, kiwis ! Sans trop que les jambes ne s’en rendent compte, nous nous élevons très progressivement, Cuneo est déjà à 534 m ! Le corps, lui, se sent mieux : les températures baissent ! Pas besoin cet après-midi de faire une « pause fraîcheur » tous les 10 km !! D’autant que nous arrivons à Cuneo sous un ciel bien menaçant et avec l’orage tout proche ! La piscine ne fait même pas envie… On plante la tente pour sa dernière nuit italienne ! Et on profite des pastas qui n’auront clairement pas la même saveur de l’autre côté de la frontière…☹️
Cécile






Retour au pays via le col de Larche
Départ de notre agréable camping de Cuneo pour une longue ascension transfrontalière… Direction le Col de Larche, ou colle della Maddalena pour les italiens ! La montée est annoncée longue (64 km) mais progressive et jamais trop raide. Effectivement, les 30 premiers km sont plutôt un long faux-plat montant, avec un bon petit vent de face 😒…. pour ne rien gâcher ! Puis, la pente s’accentue et c’est parti pour 34 km supplémentaires. Heureusement, quelques passages par des villages viennent ponctuer la montée et permettent quelques distractions! 😊 Pour m’occuper un peu, je poursuis mon apprentissage de la prise de photos en roulant !! Avec des résultats plus ou moins réussis il faut dire….🙃 La fin de l’ascension est vraiment belle – presque agréable par moment, c’est dire ! – avec l’enchaînement d’un beau replat, d’une succession de virages en épingle à cheveux et d’un superbe final, avec arrivée sur le lac de la Maddelana, sur le panneau France, sur un immense troupeau de moutons, et finalement sur le col ! Halte sympathique au refuge du col pour rester au plus longtemps possible en terre italienne !
Cécile
La redescente, qui aurait dû être une partie de plaisir (quasi 40 km de descente jusqu’au camping) fut plutôt un calvaire…. 😩 avec un vent chaud bouillant qui remontait de la vallée de l’Ubaye… L’arrivée jusqu’à Barcelonnette puis, jusqu’à notre camping des Thuiles fut donc laborieuse… Heureusement, pour nous remettre de tout cela : un chouette camping avec un bon plouf, la promesse d’une baisse des températures nocturnes sur les bords de l’Ubaye…et, surtout, les retrouvailles pour le dîner avec nos compagnons de vélo Françoise et Alain !! 🤗


Larche della Maddalena
Tout retour d’Italie vers la France supposant de franchir les Alpes, c’est souvent au terme de l’itinérance que se présente l’étape reine. La position de Cuneo entourée de montagnes ne laisse pas le choix : il va falloir franchir un col. La toute puissance piémontaise nous laisse un choix enviable : prendre la direction des Alpes Maritimes par le col de Tende et arriver à Menton, gravir le col de la Lombarde et descendre sur Nice, ou gagner la vallée de l’Ubaye par le col de Larche.
Stephen
Nous connaissons bien cette vallée et n’étions jamais passé à l’acte du passage en Italie à vélo. Ce sera chose faite, même si le col de Larche (colle della Maddalena en italien) est moins prestigieux, car plus roulant que Tende et la Lombarde. Ce n’est pas pour autant que le vélo va monter tout seul : l’étape commence par 30 km de faux plat montant avant d’attaquer le col avec autant de kilomètres mais près de 1500 m de dénivelé. Un peu de musique va rythmer la montée et favoriser l’évasion, déjà facilitée sur ce type d’effort long.
La vallée est très ouverte et circulant mais la montée se fait sans difficulté notable. Serge Reggiani me dit dans l’oreillette que Venise n’est pas en Italie, mais chez n’importe qui. Et si, à l’heure de quitter l’Italie après 15 jours en itinerance, tout ceci n’était qu’un rêve ? Et si le col de Larche n’existait pas, d’ailleurs les italiens l’ont bien compris en l’appelant Col de la Maddallena : il n’existe officiellement pas… Et si on ne rentrait pas en France ? Et si on emmenait un morceau d’Italie chez nous, que prendrait-on ? L’excellence des cafés, de la gastronomie, la beauté des paysages, les bidets ou les douchettes dans les toilettes, les pedales pour déclencher l’eau des robinets ? Prendrait-on cette belle langue si chantante dans laquelle je ne parviens pas a m’exprimer et suis privé de mon écriture ou un état d’esprit tout simplement moins négatif que celui des français (difficile de faire pire sur ce point) ?
Je n’arrive pas à choisir entre tout ça, la nostalgie fait irruption sans que Reggiani entonne Madame Nostalgie dans mon oreillette. Le sommet se rapproche et n’est plus qu’à 4 kilomètres marqués par 21 virages, dont certains sont assez raides. Ça n’allait quand même pas se faire tout seul… Puis, un dernier kilomètre roulant, un très bel étang, le panneau France et derrière moi l’Italie.
« Madame Nostalgie
Tu pleures sur un nom de ville
Et tu confonds, pauvre imbécile
L’amour et la géographie »
Je crois franchement que ce col n’est pas estimé à sa juste valeur. Sans doute la cause des incessants travaux liés aux éboulements en contrebas. Si on l’avait appelé Colle de la Madalenna, aurait-il eu plus de succès ?
« Madame Nostalgie
Tu pleures sur un nom de ville
Et tu confonds, pauvre imbécile
L’amour et la géographie »
Cécile me rejoint au col, un petit repas avant la descente finale sur 40 kilomètres. Le vent chaud en pleine face complique la tâche. En passage, changement de lieu d’hébergement : notre camping était complet. Ce n’était jamais arrivé en Italie.
« Madame Nostalgie
Tu pleures sur un nom de ville
Et tu confonds, pauvre imbécile
L’amour et la géographie »






Illusions perdues
La vallée de l’Ubaye est une vallée froide, nous l’avons déjà pratiquée en été avec des températures descendant en dessous de 7 degrés. Pour se rassurer, on peut se dire que c’est dans le haut de la vallée que l’on a subi ces températures en plein mois de juillet et qu’il était 7h du matin. Notre camping étant plutôt dans le bas de la vallée, nous voilà presque rassurés. On ne partira pas à 7h non plus histoire de prévenir tout risque.
Stephen
Il n’empêche que la doudoune et le pantalon sont de sortie au réveil, ils auront finalement été utiles pour peu de temps. Les températures se réchauffent rapidement, aidées par le profil montant de l’étape avec 4 cols au programme. Certes, ce ne sont pas les cols d’Allos, de la Cayolle ou même le col de Larche, mais ils se font sentir sur des vélos chargés d’au moins 15 kg tractés par des organismes avec près de 1600 km au compteur depuis 15 jours.
On retrouve des routes connues, pratiquées notamment lors de sorties delocalisées de notre club le CSPA. Digne les Bains étant à environ 600 m d’altitude, le profil est donc « globalement » descendant. Il ne le fût en réalité que très globalement, en raison d’un fort vent du sud, qui nous a immédiatement transporté dans un four en position chaleur tournante. Il faut croire que les dimanches se suivent et se ressemblent : le Pô a disparu, les Alpes font de la résistance, et toujours cette même chaleur qui sèche les yeux et brûle la peau.
L’arrivée à Digne sonne comme un soulagement, même si je n’ai jamais été fanatique de cette ville. Certes l’environnement autour est magnifique, mais la ville semble triste et morte quelle que soit la saison. J’avais déjà ressenti cette sensation à Alès : c’est comme si la ville écrasée par la beauté de son environnement devait s’excuser d’être là et de n’être qu’un lieu de passage ou un lieu administratif. Amis alésiens ou dignois, n’en prenez pas ombrage : je suis convaincu que chaque endroit recèle des trésors pour qui sait les regarder. Il faut juste prendre le temps, ce qui n’était pas au programme du jour.
En revanche, la boulangerie était au programme et fut réconfortante. Elle nous a permis de reprendre des forces avant de gagner un camping à Beynes, pas celui initialement prévu (on a déjà repris l’habitude de se faire refouler). On expérimente la baignade dite « naturelle » dans une piscine qui semble précurseure des mégas bassines et autres lagunes.
L’eau est trouble, on prend bien soin de ne pas ouvrir la bouche histoire de se préserver des escherichia coli et autres réjouissances de ce style. Nos voisins campeurs y passent apparemment la journée. C’est le propre du camping : côtoyer des personnes que l’on n’aurait sans doute jamais rencontrées, être content d’y arriver le soir, et d’en partir dès le lendemain. La majorité des campeurs sont sédentaires et vont au camping toujours au même endroit, tout en gardant la conviction qu’ils peuvent bouger, d’autres sont nomades et vont de camping en camping, en ayant le soir l’illusion qu’ils peuvent rester. Au petit matin, l’illusion a toujours disparu. La nuit est bonne conseillère.


D’un hameau du 04 à un autre hameau du 04
Le démarrage est bien frais sur les rives de l’Ubaye ! Le corps n’y comprend plus rien : 16° pour le départ. Du moins, la petite doudoune d’été qu’on se trimballe depuis Bari s’est rendue utile !! 🙃 Et puis, tout va bien, après une portion de descente le long de l’Ubaye, la montée vers le Col Saint Jean va vite nous réchauffer ! L’idée est en effet de rentrer au bercail via Seyne les Alpes et Digne-les-Bains. Après l’enchaînement des 3 cols, col Saint Jean, col de Maure et col du Labouret, la perspective était belle : se laisser glisser jusqu’à Digne ! 🤗 C’était sans compter sur le climat du jour, un vent sec et brûlant remonte du bas de la vallée 😫, donnant la sensation de se trouver tout entier sous un immense sèche-cheveux. Nous arrivons à Digne totalement séchés ! Heureusement, la belle avenue principale de la Ville est arborée de platanes et les glaces à la lavande proposées remontent un peu le moral !! 😊 Il ne reste plus beaucoup de kilomètres jusqu’à notre dernière halte du parcours…. Mais la chaleur à Digne est tellement forte qu’on a le sentiment qu’une traversée du désert nous attend ! Alléluia, il fait tellement lourd que le ciel finit par se charger et que l’orage gronde sur les massifs, rafraîchissant un tout petit peu cet atmosphère étouffante… Nous arrivons finalement dans notre dernier camping, sur les bords de l’Asse, affluent de la Durance ! Nous sommes dimanche soir, et clairement dans un petit bout du monde ; on est donc bien contents de profiter de la généreuse paëlla du camping qui tombe à point nommé !! 😋
Cécile




Finito 🥲
Dernier départ depuis notre camping de Beynes ! On est encore à plus de 500 m d’altitude sur les bords de l’Asse, il y fait quand même encore un peu frais en ce début de matinée ! Rapidement, nous grimpons sur le plateau de Valensole. Bonheur d’y rouler tranquilles, avec très peu de voitures et personne dans les champs! Certes, il n’y a plus ni les blés, ni les lavandes, mais c’est presque encore plus beau ; cet endroit est tellement hors du commun ! Puis, c’est la redescente sur Valensole et sur Gréoux, avec quelques beaux champs de 🌻 sur le chemin !
Cécile
La suite est beaucoup moins drôle : puisqu’il faut rentrer, il faut bien enchaîner Vinon, St Paul, Peyrolles, Meyrargues, etc. Le tout avant la montée finale de Venelles 😞 et le tout si possible avant que la chaleur ne devienne trop insupportable ! Mais ça passe, finalement ce n’est pas si dur et il ne fait pas si chaud (tout devient relatif !😊). Et nous voilà chez nous !!
En se demandant déjà où est ce que l’on pourrait repartir ?! 😁 Car ,il faut bien se donner des perspectives ! Résumer sa vie à 3 sacoches et un vélo est tellement simple et reposant… Mais restons bien lucides, cela n’est simple et reposant que parce que c’est pour nous un jeu, et qu’il a une fin ! Et que nous pouvons décider du début et de la fin !
Cette année, l’arrivée a pour moi une saveur particulière : l’an dernier, j’avais été renversée par une voiture alors que je roulais tranquillement sur le bord de la route au Portugal… ce qui m’avait durablement affectée… physiquement et mentalement. Cette année, je n’ai qu’un petit bobo à la cheville : j’ai mieux joué ! 🤗


Rituels
Chaque matin, démarrer une étape du camping est une longue liste de rituels : dégonfler et replier matelas, duvet, oreiller et tente, puis rassembler tout ce petit fatras dans quelques sacoches. Avant de partir, on enfile le cuissard en veillant à bien aligner la limite de celui-ci avec celle du bronzage solidement constitué histoire d’éviter les dégradés. On allume le GPS et les lumières, peste contre Garmin Connect, avant d’enfin partir, parfois accompagné de musique.
Stephen
Je connais ces rituels par cœur et cela va faire 17 étapes (et de nombreuses itinérances) qu’ils se répètent inlassablement à quelques exceptions près. D’ailleurs, une itinérance est un peu une suite de rituels mêlant pauses, recherche d’eau, repas, recherche d’hébergement, émerveillement devant un paysage, ennui, facilité ou difficulté, photo et écriture. Ces rituels sont une routine structurante et sécurisante, à tel point qu’on en oublierai presque sa présence.
La dernière étape est en soit une routine, où l’on se rapproche de la maison. Une partie de nous a conscience que demain elle ne repliera ni le matelas, ni la tente, ni l’oreiller alors que l’autre s’accroche, rassurée par cette routine. Pourtant, cette routine n’a que 17 jours : c’est peu, mais on l’a oublié. Elle va laisser la place à une autre routine et, ainsi de suite, comme si notre existence n’était que reconfiguration de routines. A chaque fois, un temps d’adaptation, puis elle devient nôtre.
On monte sur le plateau de Valensole, redécouvre le paysage, comme si on ne l’avait jamais vu, car on ne revient jamais pareil d’une itinérance. Choc esthétique devant les lavandes dont subsistent les pieds et les odeurs. On se disait hier que l’été était bien avancé, comme on se le dit chaque année. Choc esthétique devant la beauté du paysage au loin le Ventoux, le Mourre Nègre et un environnement qui devient de plus en plus familier. L’oreillette lance Jean-Louis Aubert qui reviens maintenant. On ne peut rêver si belle adéquation entre le paysage, le cycliste et son état d’esprit. Yeux humides, on avance porté par des jambes qui cadencent, comme la musique depuis 17 jours maintenant.
A mesure qu’on va s’approche, ce moment de grâce va se dissiper, on le sait. L’environnement va se faire plus familier, on le sait. On ne voudra pas rentrer, on le sait. On voudra repartir, on le sait. Mais on va quand même arriver. On va perdre ces rituels, pour rapidement en créer de nouveaux et feindre de les redécouvrir. Est-ce un éternel recommencement ? Je préfère penser que c’est un éternel enrichissement au milieu de routines auxquelles on s’abandonne…






Scission ou dégradé ?
Toscane, Ligurie, Vénétie, Frioul-Vénétie Julienne, Émilie-Romagne : nous connaissions déjà l’Italie parcourue maintes fois à vélo, mais jamais nous n’avions fait une si grande traversée de l’Italie du sud vers le nord. Assurément, nous avons eu une vision très large de la péninsule, ce qui nous a permis d’entrevoir de nombreuses évolutions.
La plus évidente est la durée du jour : à mesure que l’on remontait vers le nord, le soleil se couchait de plus en plus tard. Dans les Pouilles, nous étions en septembre en plein mois de juillet alors qu’à partir de l’Émilie-Romagne, nous étions en août en plein mois d’août. C’est le détail qui nous a le plus sauté aux yeux, bien qu’il soit surtout le résultat de la géographie.
De nombreux autres détails nous sont également apparus comme une évidence : l’amélioration de la voirie, la disparition progressive des bâtiments en ruines (très fréquents dans les Pouilles), un changement du type de voiture, des spécialités dans les restaurants (place aux tiramisus et aux piadines à mesure que l’on monte). Certains y verraient le fruit de l’histoire et diraient que c’est la traduction de l’unité italienne qui s’exprime encore aujourd’hui avec une Italie du nord plus développée économiquement et une Italie du sud moins développée. C’est inéluctable, mais comme souvent, la réalité est plus nuancée : les transitions sont progressives et on ne pourrait résumer un pays à cette scission nord-sud. Il n’y a aucun passage ou ligne qui marque le passage du nord au sud, mais plutôt un dégradé progressif que le vélo permet de bien percevoir.
Indépendamment de ces différences, je préfère me centrer sur les points communs : l’Italie est un art de vivre et d’être. Un seul regard et vous savez rapidement dans quel pays vous êtes : un beau pays à la langue si douce, aux superbes paysages, qui fait de l’élégance sa vertu cardinale et propose une cuisine délicieuse. Le pays du café, le vrai, et des « ciao » tonifiés par ce si bel accent. Certes, la conduite est parfois rapide ou tonique, mais nous nous sommes rarement sentis en danger : ici, les accélérations se mêlent à des sourires et des salutations cordiales. On dit souvent que l’italien est un Français qui rit ou que le Français est un Italien triste. Par les temps qui courent, j’ai encore plus envie d’Italie et compte déjà les jours avant d’y retourner : il reste tant à découvrir.

